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L’Hôtel Estrine

Albert Gleizes (Paris, 1881 – Saint-Rémy-de-Provence, 1953)<br />
Composition, 1922<br />
Gouache sur papier collé sur carton<br />
Achat des Amis du musée Estrine<br />
Inv. ME.2003.17</p>
<p>En 1922, poussé par ses premiers élèves, Gleizes entreprend l’écriture de son ouvrage La Peinture et ses lois où il développe et précise ses théories plastiques : « Peindre, c’est animer une surface plane, c’est en rythmer l’espace ». Pour cela, l’artiste définit deux notions fondamentales : la « translation » et la « rotation » des plans. La première s’intéresse aux plans droits qu’elle envisage dans des déplacements latéraux de droite à gauche (et inversement) ou combinés. La seconde, comme son nom l’indique, considère les variations des plans obliques à l’intérieur du cercle. L’association de la « translation » et de la « rotation » laisse apparaître des formes traitées en aplats qui soulignent les différentes animations du plan.  Cette œuvre séduisante en est une des premières illustrations.</p>
<p>Crédits : Albert Gleizes, Composition - ME.2003.17 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier - Adagp, Paris 2023<br />

Histoire du bâtiment

Quand Saint-Rémy-de-Provence devint monégasque….

D’abord possession royale du comte de Provence puis de Jean d’Anjou, Saint-Rémy-de-Provence devint ensuite aristocratique, seigneurie des Forbin. C’est toutefois en 1643 qu’un nouveau seigneur prit possession des lieux : le prince Honoré II de Monaco. En effet, dépossédé de leur autorité sur le Rocher par les forces espagnoles de Charles Quint, les Grimaldi vont opérer un renversement d’alliance en faveur de la France, concrétisé par le traité de Péronne du 14 septembre 1641. Un traité assorti de compensations faites au Prince Honoré : le duché-pairie de Valentinois, le marquisat des Baux, le comté de Carladès en Auvergne et enfin la seigneurie de Saint-Rémy. 

La domination monégasque sur Saint-Rémy fut cependant discrète. Jusqu’en 1791, où le territoire fut récupéré par la France révolutionnaire sans toutefois soustraire au prince de Monaco son titre sur la ville, les Grimaldi ne vinrent que très peu. Les institutions de gouvernance en place, initialement royales, ne subirent quasiment pas de modification. Les édiles, en revanche, devinrent agents doubles du fait que ces officiers de Saint-Rémy agissaient à la fois pour les intérêts du roi de France et pour ceux du prince de Monaco. 

C’est dans ce cadre qu’entre en scène Joseph Bertrand Pistoye. D’abord avocat aixois au parlement de Provence, c’est par son mariage en 1748 que Pistoye fit son entrée dans la judicature royale à Saint-Rémy, point de départ d’une accumulation de charges. Juge royal, Pistoye occupera aussi la fonction de viguier (officier royal personnifiant la justice du roi) et de représentant des princes de Monaco. En 1763 Pistoye brigue un siège au conseil de la ville, entraînant un procès, point d’orgue du désamour des Saint-Rémois pour ce personnage. Les événements révolutionnaires auront finalement raison de la mainmise des Pistoye et de l’autorité des Grimaldi sur Saint-Rémy. 

Albert Gleizes (Paris, 1881 – Saint-Rémy-de-Provence, 1953)<br />
Composition, 1922<br />
Gouache sur papier collé sur carton<br />
Achat des Amis du musée Estrine<br />
Inv. ME.2003.17</p>
<p>En 1922, poussé par ses premiers élèves, Gleizes entreprend l’écriture de son ouvrage La Peinture et ses lois où il développe et précise ses théories plastiques : « Peindre, c’est animer une surface plane, c’est en rythmer l’espace ». Pour cela, l’artiste définit deux notions fondamentales : la « translation » et la « rotation » des plans. La première s’intéresse aux plans droits qu’elle envisage dans des déplacements latéraux de droite à gauche (et inversement) ou combinés. La seconde, comme son nom l’indique, considère les variations des plans obliques à l’intérieur du cercle. L’association de la « translation » et de la « rotation » laisse apparaître des formes traitées en aplats qui soulignent les différentes animations du plan.  Cette œuvre séduisante en est une des premières illustrations.</p>
<p>Crédits : Albert Gleizes, Composition - ME.2003.17 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier - Adagp, Paris 2023<br />
Albert Gleizes (Paris, 1881 – Saint-Rémy-de-Provence, 1953)<br />
Composition, 1922<br />
Gouache sur papier collé sur carton<br />
Achat des Amis du musée Estrine<br />
Inv. ME.2003.17</p>
<p>En 1922, poussé par ses premiers élèves, Gleizes entreprend l’écriture de son ouvrage La Peinture et ses lois où il développe et précise ses théories plastiques : « Peindre, c’est animer une surface plane, c’est en rythmer l’espace ». Pour cela, l’artiste définit deux notions fondamentales : la « translation » et la « rotation » des plans. La première s’intéresse aux plans droits qu’elle envisage dans des déplacements latéraux de droite à gauche (et inversement) ou combinés. La seconde, comme son nom l’indique, considère les variations des plans obliques à l’intérieur du cercle. L’association de la « translation » et de la « rotation » laisse apparaître des formes traitées en aplats qui soulignent les différentes animations du plan.  Cette œuvre séduisante en est une des premières illustrations.</p>
<p>Crédits : Albert Gleizes, Composition - ME.2003.17 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier - Adagp, Paris 2023<br />

Un hôtel particulier à la mesure de la charge

Édifié en 1748 pour Joseph-Bertand Pistoye, l’actuel hôtel Estrine servait des objectifs clairs. Imposant par sa verticalité, remarquable par son surplomb sur les petites habitations environnantes, cette demeure était davantage la vitrine du succès socio-économique des Pistoye qu’un seul foyer familial. 

Au milieu du XVIIIe siècle, l’hôtel particulier participe à l’exercice de la représentation de soi. En ayant pignon sur rue, aristocrates et bourgeois expriment un statut et une fortune par d’imposantes façades et des modénatures complexes. Si les plus fastueux de ces édifices se situent à Paris et ses alentours, de nombreux hôtels furent également construits en région.

L’hôtel Estrine présente une façade principale en pierre de taille équilibrée, se développant sur trois niveaux. Au rez-de-chaussée, après avoir franchi la large porte encadrée de quatre fenêtres dont les grilles sont celles de 1748, l’on pénètre dans le hall. Celui-ci, par ses colonnes et arceaux, nous renvoie au goût de ce milieu de siècle pour le style à l’antique, stimulé par les fouilles des ruines d’Herculanum et Pompéi, menées dès 1738. (La présence de monuments antiques à Saint-Rémy n’est probablement pas étrangère à ce goût pour l’antiquité, l’arc de triomphe et le mausolée avaient déjà attiré l’attention du roi Charles IX lors de son grand tour au XVIe siècle.). L’escalier demi-tour qui mène à l’étage noble est agrémenté d’une élégante rampe en fer forgé d’époque, dont les gracieux entrelacs renvoient au foisonnement de l’ornementation rocaille alors en vigueur dans les intérieurs aristocratiques sous Louis XV. Au premier étage, une enfilade de trois salons présente un collage d’influences : plafonds à la française, gypseries sur les frontons des portes dont la grammaire est celle du style rocaille (rubans, végétation entrelacée, embrasses à glands, cratère à anses) et d’autres figurant des instruments de musique (timbale, violon, clarinette), les cheminées en marbre quant à elles, par leurs ordonnances et ornements révèlent davantage un style néoclassique, en vigueur à la fin du XVIIIe siècle. 

Au deuxième étage trône une cheminée caractéristique de la fin du XVIIIe siècle : jouant des contrastes de ses marbres noirs et blancs, les piédroits sont courbés et ornés de feuilles d’acanthe. Le linteau est couronné d’un bas-relief figurant un vase cannelé aux accents antiques, drapé d’une étoffe tenue de part et d’autre du vase dans le bec d’aigles aux ailes déployées. La plaque de cheminée présente de foisonnants décors de chinoiseries. 

Albert Gleizes (Paris, 1881 – Saint-Rémy-de-Provence, 1953)<br />
Composition, 1922<br />
Gouache sur papier collé sur carton<br />
Achat des Amis du musée Estrine<br />
Inv. ME.2003.17</p>
<p>En 1922, poussé par ses premiers élèves, Gleizes entreprend l’écriture de son ouvrage La Peinture et ses lois où il développe et précise ses théories plastiques : « Peindre, c’est animer une surface plane, c’est en rythmer l’espace ». Pour cela, l’artiste définit deux notions fondamentales : la « translation » et la « rotation » des plans. La première s’intéresse aux plans droits qu’elle envisage dans des déplacements latéraux de droite à gauche (et inversement) ou combinés. La seconde, comme son nom l’indique, considère les variations des plans obliques à l’intérieur du cercle. L’association de la « translation » et de la « rotation » laisse apparaître des formes traitées en aplats qui soulignent les différentes animations du plan.  Cette œuvre séduisante en est une des premières illustrations.</p>
<p>Crédits : Albert Gleizes, Composition - ME.2003.17 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier - Adagp, Paris 2023<br />

Histoire du musée

La famille Estrine

Durant la Terreur, l’héritier de Joseph Bertrand Pistoye, François Pistoye, considéré comme contre-révolutionnaire, fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire et guillotiné en 1794. Le prince de Monaco fut dépossédé de ses terres saint-rémoises, ne conservant le prédicat de seigneur qu’à titre honorifique, ainsi la ville entrait-elle dans une nouvelle ère. Une ère en défaveur des acteurs de l’Ancien Régime, telle la veuve Pistoye qui se vit contrainte de vendre l’hôtel à Louis Estrine. 

Louis de Gonzague-Pierre-Marie Estrine, né à Marseille en 1752, fut maître cordier et figure de la Révolution. Estrine participera à l’assemblée municipale des trois ordres où il est élu pour la première fois en 1790 et y renouvellera à six reprises le serment d’être fidèle à la liberté et l’égalité. En 1796, Louis Estrine se retire dans son hôtel à Saint-Rémy jusqu’à la fin de sa vie. 

Son fils, Louis-Nicolas devint « percepteur à vie » et résigna cette fonction en 1827. Un de ses fils, Louis-Alphonse fut percepteur à son tour et mourut dans l’hôtel familial sans héritiers. Son neveu, Lucien Estrine marqua son temps : avocat, il fut également un grand homme d’affaires, présidant à l’Union des associations de France et d’Algérie, à la Société pour la défense du commerce et à la Chambre de Commerce de Marseille. Ce chevalier de la Légion d’honneur résidera régulièrement à Saint-Rémy.

L’hôtel particulier, solidement associé au nom Estrine, restera la possession de cette famille jusqu’en 1988 où celui-ci fut racheté par la municipalité et confié à l’Association Présence Van Gogh pour y installer le Centre d’Art Présence Van Gogh. 

Albert Gleizes (Paris, 1881 – Saint-Rémy-de-Provence, 1953)<br />
Composition, 1922<br />
Gouache sur papier collé sur carton<br />
Achat des Amis du musée Estrine<br />
Inv. ME.2003.17</p>
<p>En 1922, poussé par ses premiers élèves, Gleizes entreprend l’écriture de son ouvrage La Peinture et ses lois où il développe et précise ses théories plastiques : « Peindre, c’est animer une surface plane, c’est en rythmer l’espace ». Pour cela, l’artiste définit deux notions fondamentales : la « translation » et la « rotation » des plans. La première s’intéresse aux plans droits qu’elle envisage dans des déplacements latéraux de droite à gauche (et inversement) ou combinés. La seconde, comme son nom l’indique, considère les variations des plans obliques à l’intérieur du cercle. L’association de la « translation » et de la « rotation » laisse apparaître des formes traitées en aplats qui soulignent les différentes animations du plan.  Cette œuvre séduisante en est une des premières illustrations.</p>
<p>Crédits : Albert Gleizes, Composition - ME.2003.17 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier - Adagp, Paris 2023<br />

Restauration et agrandissement des lieux

Deux idées maîtresses ont toujours guidé la rénovation du bâtiment : retrouver et conforter l’architecture et l’esprit de l’hôtel particulier du XVIIIe siècle, installer les aménagements et prévoir les circulations du public pour sa réutilisation en Centre d’Art. Les travaux entrepris en juillet 1988 et financés presque en totalité par le mécénat privé, furent terminés en février 1989. L’édifice ouvrit ainsi ses portes au public en tant que Centre d’Art en juillet 1989. 

Depuis son ouverture, le Centre d’Art consacré à la peinture et aux arts graphiques modernes et contemporains, n’eut de cesse d’enrichir son catalogue d’expositions, mettant en lumière des peintres et dessinateurs dont la pratique s’est exercée dans ce grand atelier du midi, la vallée maraîchère des Alpilles et particulièrement Saint-Rémy-de-Provence, dans la filiation de Van Gogh. Quelques grands noms de la peinture composent les fonds du musée : Eugène Leroy, Gérard Fromanger, Bernard Buffet, Albert Gleizes, Vincent Bioulès… 

Par les dons spontanés des artistes invités à exposer et la générosité d’importants donateurs (Violaine Menu-Branthomme, Marcel Puech, Philippe et Dominique Tailleur), les collections prirent de l’importance, tant quantitativement, eu égard au nombre toujours croissant d’œuvres conservées, que qualitativement, les collections formant un corpus à l’importance patrimoniale. Cela fut confirmé en 2007 par l’attribution du label « Musée de France » : soit « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public » (Art. L. 410-1.). 

L’attribution de ce label, en confirmant la qualité scientifique du corpus d’œuvres conservées au musée Estrine, exigea également du musée des agrandissements conformes à sa nouvelle qualité. Ainsi, en 2014, intervint l’architecte Serge Klimenko qui, au lieu d’une refonte, s’est attelé à l’édification d’une annexe moderne, respectueuse de l’écrin XVIIIe qu’elle venait compléter. Deux galeries d’exposition consacrées aux expositions temporaires virent le jour, ainsi qu’un centre d’interprétation consacré à l’œuvre de Vincent van Gogh, un atelier pédagogique, de nouvelles réserves et un jardin suspendu, se présentant sous la forme d’un parterre végétal. 

Adhésion